Jezibala
- lorenzo garnieri
- 21 août 2025
- 3 min de lecture
Il y a fort longtemps, dans les pays de l’Est, vivait une sage et belle sorcière nommée Jézibala. Elle concoctait mille et une potions : de virilité, de fertilité, de vitalité… bref, tout un éventail de remèdes censés satisfaire le moindre caprice humain, en échange d’une pièce d’or.
Ses chers clients étaient surtout de riches marchands soucieux de contenter leurs jeunes maîtresses, de peur de les voir partir au bras d’un damoiseau vigoureux ; des seigneurs en mal d’héritiers ; ou encore de vieilles duchesses en quête d’éternelle jeunesse pour séduire… de jeunes et vigoureux damoiseaux.
Bien évidemment, elle connaissait tous les secrets inavouables de ses clients, mais elle avait la bonté, et surtout l’intégrité, de n’en jamais rien dire.
Seulement, rongés par leur cœur vil et une culpabilité dégoulinante, ces derniers commencèrent à la craindre. La paranoïa n’aidant pas à la sérénité, certains finirent par s’unir pour la capturer et s’en débarrasser discrètement. Aucun d’eux, cependant, n’eut le courage de la tuer. Pourtant, un petit coup de couteau bien placé les aurait libérés de leur angoisse. Mais non… Fidèles à leur lâcheté, ces couards aux mœurs douteuses décidèrent de la jeter dans un puits.
Ils eurent l’infâme bonté de promettre à Jézibala de lui apporter eau et nourriture, espérant qu’elle continuerait malgré tout à les servir. Peine perdue. Dépitée et se sachant trahie, la pauvre femme refusa de les aider davantage et se laissa mourir de faim et de soif. Les nobles comploteurs, au cœur ignoble, furent à la fois déçus par sa mort et soulagés.
Toutefois, ces misérables avaient commis une erreur irréparable : ils avaient manqué de respect à Jézibala. Comble d’ignorance, ils ne savaient pas que le puits où gisait son corps avait été construit au-dessus du passage d’une rivière souterraine, qui alimentait en eau toute leur cité.
Il fallut une petite saison pour que le corps de la sorcière pourrît et se décomposât sous l’effet du temps… et sous l’emprise de la rancœur qu’elle nourrissait depuis l’au-delà à l’encontre des habitants de la cité.
De son vivant, la pauvre sorcière connaissait mille formules pour améliorer le quotidien de ces vaniteux villageois. Dans la mort, sa vengeance contre ses présomptueux bourreaux serait implacable.
En se décomposant, son corps se mêla à l’eau de la rivière souterraine. En quelques semaines, le village tout entier se transforma en un tombeau à ciel ouvert. Tous les habitants périrent d’une horrible maladie, qui les épuisait et les défigurait. En une année, le village fut éradiqué. Il n’y eut aucun survivant.
La puanteur des cadavres se fit sentir à des kilomètres à la ronde. Cette odeur pestilentielle dissuada quiconque d’entrer dans le village. Quelques téméraires s’y risquèrent tout de même, désireux de comprendre ce qu’il s’y était passé et, pourquoi pas, de commettre quelques larcins. Mais ce qu’ils découvrirent à l’intérieur les horrifia tant que la démence s’empara de leur esprit.
Certains purent néanmoins témoigner des faits que je vous rapporte ici, en ces quelques lignes… Mais il est difficile d’écrire les mémoires d’un homme traumatisé par la peur et l’horreur. Rien qu’à les regarder, je sens en moi une frayeur pestilentielle envahir mon corps et mon esprit.
Pour ma propre santé mentale, je préfère ne plus les voir. Car une chose est certaine : même en pleine crise de démence, leurs témoignages suffisent à comprendre l’horreur qui a anéanti le village des maudits. Depuis cette histoire, on dit que le fantôme de Jézibala rôde autour des ruines de la cité de ses bourreaux, à la recherche de leurs âmes, pour les noyer éternellement dans la rivière souterraine. Ainsi, elle respecte sa promesse : leur offrir l’éternelle jeunesse… au meilleur prix.



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