Loumaïa
- lorenzo garnieri
- 21 août 2025
- 3 min de lecture
J’en ai rencontré des saloperies, mais des comme ça, jamais. Loumaïa qu’on l’appelle, et je peux te jurer qu’elle a surpassé les limites de la sournoiserie. Personne n’a jamais su d’où elle venait. Y en a qui disent qu’elle vient des marais et qu’elle s’est adaptée à nous. Faut dire que chez nous, il pleut très souvent, c’est très humide par ici, alors la pluie, les marais, l’humidité ambiante, forcément, ça lui a donné des idées.
D’après les rares témoins qui l’ont vue, elle a l’allure d’une très jeune femme. Très séduisante, soi-disant. Elle se promènerait dans les marais, vêtue d’une légère robe blanche qui luit sous les nuits de pleine lune, genre jeune mariée. Tu parles d’un symbole de pureté. On m’a dit que si on fait bien gaffe au sol, on pouvait y voir des espèces de limaces. Plus que le lendemain d’une pluie. Et bien grosses, et qui bouffent pas que de la salade, si tu vois ce que je veux dire. Mais tu vois, ça, c’est pas le problème.
Le vrai problème, c’est que généralement, quand elle croise une personne, genre bouvier, berger, chevrier, cueilleur, elle se la joue pauvre victime. Alors le pauvre bougre qui la croise, très souvent un gars d’ailleurs (parce que dans la région, les familles ne laissent pas leurs filles sortir à la tombée de la nuit), donc, je disais, le pauvre bougre qui la croise, il la prend en pitié, tu vois. Il va pas la laisser comme ça, en petite robe, au milieu des marais, en pleine forêt, sous le froid et l’humidité, entourée de ces limaces à la con.
Alors, il s’approche. Il lui parle. Et là (je t’avoue que j’ai eu du mal à le croire s’ils étaient pas plusieurs à me raconter la même version), elle t’enlace le gars, en mode étreinte amoureuse. Le mec, t’as l’impression qu’il est amoureux transi. T’as beau l’appeler, lui dire de revenir, il t’écoute pas, il est subjugué par cette femme. Et là, bon sang, que je remercie les dieux de m’avoir épargné ce spectacle, t’as toutes les limaces qui se dirigent vers ce couple bizarre à une vitesse qui te fait comprendre qu’elles sont pas normales, ces limaces.
Soudain, voilà que cette brave jouvencelle qui fond littéralement sur sa proie, son corps qui se disloque et s’éparpille en milliers de sangsues. Parce qu’en fait, c’était pas des limaces, c’était des putains de sangsues. Tu sais pourquoi je dis ça ? Parce que le pauvre gars, elles te le bouffent littéralement.
Y en a qui m’ont dit qu’elles te vident leur proie d’abord de son sang, puis de sa chair. Faut être con pour être resté planté là à assister à ce gueuleton morbide. Des milliers de sangsues, qu’ils m’ont dit, des milliers de sangsues qui dévorent lentement leur proie. Celle-ci ne meurt pas tout de suite, elle agonise sous leurs morsures, paraît-il.
Leur gueuleton morbide terminé, elles repartent. Et la Loumaïa ? Disparue dans l’obscurité, jusqu’à ce qu’elle réapparaisse de nouveau pour faire une nouvelle victime. Je te jure que ça m’a passé l’envie d’y aller, dans ces marais. Vas-y toi, si tu veux, mais si je peux te donner un conseil : si tu y croises une jeune femme solitaire près d’un marais, vérifie toujours s’il n’y a pas de limaces sur le sol, parce que peut-être que c’est Loumaïa… et qu’elle t’a choisi comme casse-dalle



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